Evaluation de la gravité de l'épidémie


Depuis le début et jusqu'à aujourd'hui, certains, comme l'infectiologue Didier Raoult, défendent que le Covid ne fera pas plus de morts que les accidents de trotinette (https://www.mediterranee-infection.com/coronavirus-moins-de-morts-que-par-accident-de-trottinette/).

Sans aller jusqu'à cette caricature, Jean-Dominique Michel, anthropologue spécaliste de santé publique des maladies non infectieuses et vulgarisateur critique de Raoult, soutient que la mortalité du Covid ne dépasse pas 0,3 (soit quand même 3 fois celle de la grippe) et qu'à ce titre cette maladie ne mérite pas la panique, et en partculier le confinement, dans laquelle elle a fait entrer le monde (https://phusis.ch/2020/04/26/video-anatomie-dun-desastre-avec-jean-dominique-michel/).

Le philosophe Agamben est plus intéressé par la réaction à la pandémie qu'à la pandémie elle-même. Il analyse cette réaction comme un effet d'aubaine pour des Etats démocratiques qui de longue date ont tendance à faire de l'état d'exception la règle : après l'état d'urgence contre le terrorisme, voici l'état d'urgence sanitaire (https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/24/giorgio-agamben-l-epidemie-montre-clairement-que-l-etat-d-exception-est-devenu-la-condition-normale_6034245_3232.html).

Le romancier d'anticipation, Damasio, s'est lui aussi davantage penché sur la réaction que sur la pandémie. Dès lors, il relativise cette dernière pour s'inquiéter davantage de la société de contrôle qui s'annonce (https://blogs.mediapart.fr/alain-damasio/blog/270420/coronavigation-en-air-trouble-13).

A l'inverse, le virologue allemand, Christian Drosten, considère que nous sommes face à un virus particulièrement dangereux. Il estime qu'en dehors d'une saturation des systèmes hospitaliers sa mortalité peut monter jusqu'à 0,7 soit 7 fois celle de la grippe (https://www.liberation.fr/checknews/2020/03/13/covid-19-est-il-vrai-qu-un-virologue-respecte-estime-que-le-virus-tuera-pres-de-300-000-personnes-en_1781459).

De même, le microbiologiste, Philippe Sansonetti, qui suit sur le temps long l'émergence des coronavirus soutient que ce nouveau coronavirus est particulièrement grave, en particulier en raison de son mode de transmission et de sa contagiosité. (https://laviedesidees.fr/_Sansonetti-Philippe_.html)

Enfin, pour l'anthropologue, Jérôme Baschet, cette pandémie est si grave que l'on peut considérer qu'elle inaugure les catastrophes annoncées du XXIe siècle provoquée par l'anthropocène capitaliste qu'il renomme capitalocène. Il souligne que la gravité de la pandémie est telle que le système politique et social dans lequel nous vivons a dû être partiellement arrêté pour ne pas qu'il craque. (https://lundi.am/Qu-est-ce-qu-il-nous-arrive-par-Jerome-Baschet)

Au-delà des chiffres et indicateurs en tout genre (nombre de décès - absolu ou relativisé par un critère donné -, mortalité, contagiosité, nombre de lits hospitaliers, catégories des personnes atteintes et décédées, ...), l'évaluation de la gravité de la pandémie peut se résumer ainsi : qu'est-ce qui est exceptionnel ? La pandémie ou la réaction à la pandémie ?

Pour illustrer cette question, il est souvent fait usage d'une comparaison avec les grippes "asiatique" (1958) et "de honk-kong" (1968) qui, malgré une mortalité importante, n'avaient pas provoqué une telle mobilisation étatique et sociale (https://www.liberation.fr/france/2005/12/07/1968-la-planete-grippee_540957; https://www.liberation.fr/checknews/2020/03/22/une-grippe-asiatique-avait-elle-vraiment-fait-100-000-morts-en-france-en-1957-1958_1782091)

Il est donc légitime de se poser la question de savoir si notre civilisation mondialisée en crise n'a pas surréagi.
Il est exact que la mortalité du Covid-19 ne semble pas de beaucoup supérieure à celle de la grippe saisonnière et que sa contagiosité est mal connue mais en tout cas bien inférieure à celle de la .
Ces données épidémiologiques sur un virus inconnu sont-elles objectives ou ne mesurent-elles pas davantage le niveau de notre réaction. On ne saura jamais combien de victimes il nous aurait fallu compter si nous avions traiter le problème comme une gripette comme nous y encourageaient encore certains scientifiques et politiques au mois de février alors que le virus circulait déjà dans notre pays.

L'estimation de l'ensemble des enjeux du déconfinement - scientifiques, sociaux et politiques - découle directement de l'évaluation de la gravité de la pandémie. Plus on considère que l'épidémie est grave et plus l'on considérera que le confinement était justifié et le déconfinement délicat. Inversement, une épidémie évaluée comme peu grave interroge le bien fondé du confinement et n'accorde que peu d'importance aux mesures qui doivent accompagner le déconfinement.