Contrib JLuc - Dette et travail


Pourquoi la dette publique et le travail sont de questions prioritaires dans le moment historique que nous vivons :
Se soustraire à la tyrannie de la dette publique est une priorité pour que les Etats récupèrent des marges de manœuvre budgétaires nécessaires pour répondre à la demande sociale en investissant massivement sur la remise en état des services publics, la transition écologique, etc. Une fenêtre de tir s’est ouverte avec cette crise qui a enfoncé le capitalisme globalisé et financiarisé dans la crise systémique qui l’envahissait déjà suscitant l’effondrement de l’un de ses dogmes. Celui du monétarisme qui interdit in fine aux Etats de s’endetter auprès de leurs banques centrales. Ils ne peuvent le faire qu’auprès de marchés (voir par exemple « ATTAC : La monnaie au service de la société ». )

Ce tabou est en train d’être levé. Le 9 avril dernier, la Banque centrale d’Angleterre a annoncé qu’elle acceptait à titre temporaire de prêter directement à l’Etat si celui-ci ne parvient pas à lever des fonds directement sur le marché de la dette.
Si on leve cet interdit dans la zone euro, il s’agit d’une déclaration de guerre à la finance (A ses grands acteurs : les banques privées, les fonds d’assurance et les fonds de pension). Elle réagira violemment pour empêcher qu’on ne la prive de son droit de prédation exclusive sur la richesse produite. Dans son papier « IIs ne lâcheront rien » Lordon détaille ce scénario catastrophe qui instrumentalisera la peur promettant une terrible punition à ceux qui ont violé ce tabou. La sphère financière et ses fondés de pouvoir sortiront notamment leur arme de destruction massive : le chantage à l’emploi.

Il défendrons l’option « on redémarre avec le même logiciel », qui cherchera à nous convaincre que « rien ne sera plus comme avant » mais déploiera les moyens colossaux dont elle dispose pour relancer la même machine avec les mêmes ingrédients. « Pour que rien ne change il faut que quelque chose change »…
Entre cette éventualité et la réorientation radicale il y aura la tentation de la « troisième voie » que d’autres essaieront de mobiliser comme cela a été fait depuis 40 ans, par la sociale démocratie, pour toujours finir dans les mêmes ornières. Dans une récente publication Frédéric Lordon se délecte à en décrire l’issue si cette option prévalait : « Soit, donc, l’hypothèse de la sortie électorale, et puis celle d’un gouvernement de gauche miraculeusement élu un peu décidé, c’est-à-dire avec des projets ferroviaires sérieux, entendre : même pas seulement faire dérailler, mais poser les aiguillages autrement. Question : que se passe-t-il ?

Réponse : il se passe une vérification. La vérification d’une certaine impossibilité. L’impossibilité, c’est celle opposée par le capital qui, en quarante ans, a tellement conquis, tellement pris l’habitude d’exiger et d’obtenir, tellement régné sans partage, et surtout installé si profondément les structures de son règne –- la financiarisation, le libre-échange, les délocalisations –- qu’il n’existe pas pour lui la moindre raison sérieuse d’abandonner quoi que ce soit. Et en effet : quand on a si méthodiquement installé les conditions de son emprise, par quelle sorte de miracle humaniste renoncerait-on à l’exercer ? »

Dans son article « Quelles politiques face à la crise économique » Romaric Gaudin explique comment nous pouvons retourner cette arme de destruction massive du chantage à l’emplois contre la finance. Il s’agit pour lui de déscoupler le tryptique économie-entreprises-emploi en soustrayant les salariés et leur activité de travail aux entreprises capitalistes pour rendre ce chantage inopérant et ceci de la façon suivante :

  • * en conditionnant les prêts aux entreprises garantis par l’Etat au strict respect des exigences écologiques, sociales et démocratiques (Dans sa première annonce de mise en place de ces prêts garantis, les gouvernants français ont prétendu qu’ils les conditionneraient à l’absence d’implantation dans les paradis fiscaux ; l’intention a fait long feu) [ref ?] ;
  • * en laissant tomber dans la faillite les capitalistes asphyxiés par l’impossibilité d’accéder à ces emprunts et en organisant la reprise de leur outil de production par les salariés et/ou l’Etat si cet outil peut être réorienter vers une activité profitable socialement ;
  • * en mettant en place d’un filet de sécurité social universel dont bénéficieront notamment les salariés privés d’activité de travail pendant cette période de réorientation fondamentale de ce que nous devons produire.
Ce faisant il serait envisageable d’assécher totalement la finance pour finir par congédier le capital tout en réorientant massivement le travail vers la demande sociale écologique et démocratique.